illustration : clip de Garbage – Queer

Ce sont les camés qui utilisent la plupart du temps cette image du dragon.

Je dis ça sans jugement d’ailleurs. Pour ma part, autant être clair tout de suite : je n’ai jamais pris de drogue dure, d’ailleurs je n’ai quasiment jamais rien essayé. Je suis analytique, le genre qui essaye un truc pour l’essayer mais ne s’en fait pas une habitude donc ce type d’expériences ne m’intéresse pas des masses.

Du mental, la transition fait le tri

Mes addictions sont ailleurs, mais bien présentes, en terme d’ivresse des sons, du voyage – ce qui me grise c’est partir et faire n’importe quoi. Je suis pas sûr que ça soit tellement différent dans les causes profondes donc me suis toujours senti proche des premiers. Ce qui compte c’est l’ailleurs.

C’est d’autant plus justifié que j’ai du mal avec mon quotidien. J’aime mon petit confort, j’aime mon chez-moi mais j’ai un gros problème avec la routine, j’ai une maladie mentale ingérable dont je ne parle jamais (j’ai commencé à le faire récemment avec un nouvel ami).

Et à côté de ça, je gère la transition. Une partie de moi espère vraiment que la transition va m’aider à aller mieux et à combattre plus facilement le reste. C’est vrai et faux. Vrai car je suis plus serein dans mon approche des gens, des faits, du futur. Faux car, comme pour toute démarche qui ne rentre pas dans une norme bien cisgenre hétéro blanche franchouillarde (je caricature), on fait forcément face à des obstacles.

Hello, les Cent mètres

Mes parents sont illogiques. Mon père m’a assuré de son soutien sur un plan matériel au sens où je ne vais pas finir à la rue, ce qui est énorme. Je pensais vraiment avec mon coming-out de février, devoir me barrer à Katmandou ou à Londres, trouver à l’arrache quelque chose et survivre. Il s’avère que non, je vais déménager mais dans d’autres circonstances. C’est absolument fantastique. Le revers de la médaille est que cela fait également deux mois et demi que je ne l’ai pas vu, le paternel. Je ne parle même pas de ma belle-mère, qui doit être restée à l’état végétatif tant mon parcours s’éloigne de son système de pensée. Je ne sais même pas si je suis censé leur dire « hey, coucou, j’aimerais bien vous voir« .

J’ai trop peur de recevoir un message de type « non merci« . Ou alors plus tard ils me reprocheront de ne pas avoir fait cette démarche, ça c’est bien possible aussi. Je suppose que quand tu ne vois plus ton gosse, il te manque, même s’il fait un truc que tu désapprouves totalement. Là ils sont en vacances, ça me donne une excuse, une semaine de plus pour réfléchir à ça, savoir si je dois faire un pas ou s’il ne faut surtout pas. J’ai déjà commencé à changer, ça va être le bordel si on se croise et que j’ai trop changé. Oui, ce sont des détails mais quand il s’agit d’une personne proche de toi, des détails comme ça sont très importants.

Les détails, aka mon corps change et ce n’est pas sale

Je me tape une adolescence, comme annoncé dans les teasers précédents. C’est rigolo car j’étais à peine sorti de ça tellement ma peau refuse de vieillir à allure humaine classique. Donc là c’est reparti pour un tour. Bon, c’est gérable pour le moment, j’ai quelques boutons mais j’ai toujours eu une peau de merde donc finalement je continue juste dans la jeunesse apparente.

Je n’ai pas perdu miraculeusement vingt kilos et j’ai la dalle tout le temps, particulièrement à certains moments. Comme là je suis pauvre j’ai une bonne excuse pour tenter de me rationner, ça marche un peu. Faudrait néanmoins que je cuisine normalement, que j’achète des fruits et légumes et tout, que je consomme ceux que j’ai chez moi en boîtes. Je vais pas transporter des boîtes de bouffe dans mon nouveau chez-moi, ça serait ridicule.

Ma voix a changé. Elle a commencé à baisser. J’ai aussi pris quelques poils, rien de fou mais néanmoins quelques poils. Ca m’enchante, ça veut dire que ça fonctionne. Je surveille mes cheveux, voir si je les perds, pas trop envie. S’il faut, je ferai un investissement in testostérone de luxe made in USA.

Dans la tête d’un ftm au printemps

Mon rapport aux gens est compliqué. Mes collègues, ça va globalement. Mes amis aussi. Avec les étrangers du dehors ça dépend vraiment qui car je « ne passe pas », rien à faire, j’ai un gros corps de grosse meuf, et j’ai beau aplatir les seins tant que je peux avec un binder de luxe (vraiment très bien au passage, nouveau modèle des ricains) j’ai quand même une bosse, assortie à mes hanches de douze kilomètres de large. J’ai pas l’air d’un gros mec, j’ai l’air d’une grosse meuf. Ca me saoule.

Un truc bien, par contre, ça a été le gros événement que j’attendais depuis des mois. J’ai croisé plusieurs personnes que j’admire. Avec çui que j’admire le plus ça a été compliqué car je ne sais jamais où me foutre. Il m’a reconnu, a eu l’air de faire le cheminement dans sa tête et quand je me suis présenté après devant lui plus tard c’était clair. Avec un autre c’était encore mieux. Je ne sais pas s’il a tilté que j’étais trans (je suppose que oui quand même) et il a considéré que j’étais un homme bio, gay/queer/whatever, enjoyant sa life. Ca m’a fait bien plaisir d’échanger avec lui même si c’était très court.

Après voilà, dans ce type d’événements y’a surtout de la gonzesse donc je me suis bien pris la tête. J’ai pensé très fort à Poppy Z. Brite qui clamait qu’il était « un homme gay dans un corps de fille » et je me suis dit que c’était exactement ça et que c’était vraiment difficile à faire comprendre. Je me suis dit cette semaine que j’allais me faire l’intégrale de ses bouquins d’ailleurs.

Queer or not queer

A noter que j’ai enfin une adresse de psychiatre et que j’irai quand j’aurai récupéré des sous et le cran d’appeler. Celle que j’ai vu en CMP était une grosse blague. Faux-cul, à dire « non mais pour moi je ne comprends pas pourquoi vous devez me voir« , mais pas vouloir me faire d’attestation, me redirigeant vers « des professionnels qui ont l’habitude« , tu vois. Ils n’existent pas, c’est un mythe.

S’il y avait un parcours tout fait ça se saurait, et la majorité des parcours officiels traitent les gens comme du bétail. En plus je suis gay, oh la la la la la la, et queer. Je compte jeter tout mon vernis sauf les couleurs foncées et même continuer à me maquiller de temps en temps. Je me vois très bien raconter ça au docteur Machin de l’équipe officielle, ça pourrait être très rigolo (non). Je devrais même faire péter les paillettes pour l’occasion. Avec un boa. Soit la tenue qu’Andy Bell porte parfois sur scène. Ou genre celle que je compte porter au concert de Garbage.

J’avais arrêté ce blog et puis j’ai décidé de le reprendre notamment pour cela, parce que j’ai tellement galéré avec cet aspect que je ne trouvais pas logique, alors que cela n’a rien à voir, je me sentais obligé de venir témoigner, mettre mon grain de sel, pour expliquer que non c’est pas grave, que oui je suis un mec quand même et que voilà j’ai perdu trop de temps à écouter des cons.

Sur une échelle de 1 à 10, où 5 est le neutre, où 1 est la fifille (pas de mal hein, j’adore les fifilles) et où 10 est le mec le plus viril du monde (on s’entend moins bien s’il veut vraiment jouer les lourds), je me situe à 5,5. Trop mec pour être une fille, trop féminin pour être pris au sérieux par la grosse majorité sinon toutes des équipes officielles. Je les emmerde. Il y a des tas de mecs biologiques absolument pas virils, je ne vois pas en quoi ça serait une obligation d’être viril. De la même manière qu’on emmerde les meufs pour qu’elles soient des poupées, faut arrêter avec l’inverse. Et puis tu peux être viril à l’extérieur et tendre à l’intérieur (hein Rob’), et à l’inverse être un bon gros macho débile dans un corps de gonzesse (bio ou pas). Donc voilà, qu’ils ferment leurs tronches et écoutent les gens. C’est du ressenti. Je me sens homme, je me fous de n’être pas assez ceci ou cela. Jusque là d’ailleurs personne ne m’a rien encore reproché d’ailleurs, mais parce que j’ai évité comme la peste l’officiel et que je suis resté dans le privé.

On n’a pas à aimer Action Man pour être un mec trans’

Je vais même vous dire : je ne suis pas la caricature du ftm, très loin de là (et attention, je ne dis pas que c’est maaaaal, je souligne juste ça pour prouver que oui c’est possible et qu’il faut se fier à son ressenti et pas forcément qu’à des indices-types). Oui, j’ai cafouillé, oui il y a eu des moments de résignation où j’ai bien dû me faire à l’idée que j’avais ce corps et qu’il fallait l’accepter (je ne savais pas que je pouvais faire autrement sinon j’aurais transitionné à 10 ans hein – enfin non parce que mes parents n’auraient pas voulu mais j’aurais patienté différemment). Non, je ne me suis pas transformé en butch pour autant, parce que ce n’était pas moi, je ne suis pas butch, je ne suis même pas lesbienne. Non, je n’ai pas préféré les Action Man aux Barbie. Je kiffais mes Barbie, leur faire des tenues et les maquiller. Allez donc dire à Gaultier qu’il n’est pas un homme, il fait la même chose tous les jours de l’année avec des poupées humaines. Non, je n’ai de la même manière jamais eu de problème à porter des robes, c’est un déguisement comme un autre après tout, c’est du tissu, un code, je vois pas en quoi ça serait lié. Oui je kiffais grimper dans les arbres, construire des trucs, oui je m’identifiais aux agents secrets (mâles) et à Claude du Club des Cinq (et Fantômette, qui est pas vraiment non plus dans le côté doux féminin mais ça reste une meuf hein, la couverture est bien rose), et à plein de personnages surtout mâles mais pas que.

Les activités ne sont pas liées aux genres, les aspirations non plus, d’ailleurs pour illustrer ça j’ai voulu faire pharmacie-beauté PUIS astronaute ou paléontologue, puis instit’, alors hein – et personne m’a fait chier avec ça parce que dans ma famille on n’était pas genré sur ce terrain-là. Non, je n’étais pas gouine, j’ai eu des crushs féminins mais une majorité de mecs. Je ne suis sorti à proprement parler qu’avec des mecs. Ca fait de moi un mec homo et donc gros soupçon sur les officiels d’être juste de gros cons intégristes et homophobes quand j’entends que ça ne leur va pas (je dis ça en toute amitié, hein, j’y suis pas allé, je me suis contenté des témoignages). Je ne me situe pas entre les genres, même si ça s’en rapproche, et que ça doit être bien chiant à vivre (big up les mecs/meufs/whatever). Je me suis vu comme agenre pendant perpète avant de me dire « non mais en fait plutôt mec à tendance bien bien queer, voilà tout, maintenant bouge-toi les fesses« .

En gros, je suis un gros pédé et très fier de l’être (oui, moi j’utilise pédé et pas comme insulte, on appelle ça la réappropriation). Cette révélation de l’année 2014 m’a quand même sauvé la vie, alors je ne laisserai personne me marcher sur les pieds à ce sujet. Ce qui est cool est que donc, si j’ai évité ceux qui pouvaient être néfastes, je me suis même fait des alliés. Ca c’est pour la note positive. Des gens qui ont un vécu un peu similaire ou juste qui le respectent, dans le « milieu » ou en dehors, juste des gens ayant l’esprit ouvert. Alors j’envoie un gros fuck à la partie de l’univers qui pourrait être dérangée dans ses principes et je savoure ma nouvelle liberté.

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